C’est pour les enfants que je me suis rendue dans le bureau de Monsieur le Bourgmestre, sur son invitation, le 13 août 2026.
Quand je l’ai contacté, je venais vers lui en tant que citoyenne préoccupée par la situation des jeunes du quartier de Géraud Pré. Mes préoccupations faisaient suite à la décision d’arrêté de police qui interdisait l’accès à l’aire de jeu du quartier durant les heures les plus fraîches de cette période de canicule.
Il est possible de consulter l’arrêté de police à l’adresse suivante :
https://files.letsgocity.be/7afde707-99d7-41de-87a6-79600172dee7
Je venais avec l’espoir que nous pourrions discuter de mesures d’accompagnement des jeunes qui nous permettraient de prévenir les risques sans avoir à choisir systématiquement la logique « surveiller et punir ».
Je ne vais pas vous mentir : mon espoir de mener une discussion constructive concernant l’accompagnement des jeunes habitants de ce quartier a très vite été balayé par une volonté de Monsieur le Bourgmestre de parler « de Mathieu à Christelle ». Contrairement au conseil communal de janvier dernier, Monsieur le Bourgmestre s’est souvenu que nous nous connaissions depuis fort longtemps. Ainsi, il a pu me faire part de tout ce qu’il pensait de mes actions citoyennes et les principes de communication non-violente n’étaient pas vraiment au rendez-vous.
Pendant un certain temps Monsieur le Bourgmestre a critiqué la forme de mes communications et de mes actions. J’ai écouté avec attention et respect sans jamais perdre de vue le fond du problème. Car, que l’on soit en accord ou pas avec la forme de mes réflexions, le fond du problème est que Monsieur le Bourgmestre s’est montré arbitraire dans le respect de nos droits citoyens. Paraître zozote aux yeux des autres est une chose, être arbitraire dans sa façon d’exercer le pouvoir en est une autre. Si je peux comprendre que les postes à responsabilités sont exigeants et que nul n’est à l’abri d’un manquement, d’un oubli ou d’une erreur administrative, je ne peux que déplorer l’attitude de Monsieur le Bourgmestre à l’égard de nos droits.
Dans un discours qui m’a semblé user tantôt de mécanismes de victimisation de sa personne, tantôt de mécanismes de décrédibilisation de mon vécu, Monsieur le Bourgmestre a évité de prendre ses responsabilités face au non-respect de nos droits. Aussi, il a fait mention de tout un tas de trucs que j’aurais du faire ou que j’aurais pu faire pour éviter de nous placer dans cette situation inconfortable. Pourtant, Monsieur le Bourgmestre le sait, je compatis sincèrement à ses difficultés et à ses souffrances et je continue à condamner avec la plus grande fermeté toutes les attaques malveillantes à son égard ainsi qu’à tous ceux qui nous sont chers. En dehors des démarches administratives officielles, dans la sphère privée, j’ai essayé à plusieurs reprises de lui demander plus de transparence et je me suis montrée disponible pour dialoguer sur le sujet. Pourquoi a-t-il choisi d’adopter cette position vis-à-vis de mes demandes ?
Si, dans la sphère privée, je reste encore disposée à lui offrir l’écoute et le réconfort dont il a besoin, en ce qui concerne la sphère citoyenne, je peine à oublier qu’il s’est montré arbitraire. Les liens qui m’unissent à Monsieur le Bourgmestre sont-ils conditionnels d’une loyauté sans faille? Est-ce que désaccord signifie désamour?
Dans les relations interpersonnelles ou citoyennes, le respect des droits, de l’intégrité et de la dignité de l’autre sont les bases d’une relation saine. Quelle sécurité, quel vivre ensemble espérons-nous construire si nous ne sommes pas capables de cette réciprocité?
J’espère de tout mon cœur que Monsieur le Bourgmestre continuera à montrer qu’il est capable de faire la part des choses face à mon discours alternatif.
Pour les enfants
Lorsqu’il a été enfin possible d’aborder le sujet des enfants du quartier de Géraud Pré, j’ai suggéré à Monsieur le Bourgmestre qu’il serait intéressant de travailler, en parallèle de l’approche répressive, autour d’un axe social avec un volet pédagogique. Cette proposition a été très vite écartée par une remarque que j’ai trouvé blessante et méprisante. Pourtant, je me présentais dans ce bureau avec des compétences utiles et une expérience de terrain solide, bien disposée à mettre mon bagage au service de ma communauté et de mon Bourgmestre. Face à mon « monde de Bisounours », Monsieur le Bourgmestre a estimé que sa mesure n’était pas « trop sévère ». Je n’étais pas du même avis. Pour moi, interdire l’accès à une aire de jeux sécurisée à des enfants aux heures les plus fraîches de la journée en pleine vague de chaleur sans proposer de solutions alternatives, alors même que cette aire de jeux est surveillée en continu par 2 caméras, c’est « trop sévère ».
C’est ainsi que la conversation a ensuite glissé vers le sujet des caméras.
Face à la mesure d’interdiction d’accès à l’aire de jeux, j’ai mentionné le fait que j’éprouvais des difficultés à comprendre l’efficacité des outils de surveillance qui ont été installés dans ce quartier.
Selon Monsieur le Bourgmestre, les images des caméras ont été utiles car elles auraient permis de déterminer qu’il y a un écart d’appréciation entre les nuisances rapportées et les nuisances constatées. Ainsi les images auraient permis de nuancer la situation en faveur des enfants. Cependant, je constate que ce sont les enfants qui ont été visés par l’interdiction d’accès à l’aire de jeux pendant la période des vacances scolaires.
Que cette sanction soit perçue comme sévère ou non relève de l’appréciation de chacun.
Néanmoins, dans ce contexte, je trouve qu’il y a quelque chose d’hypocrite dans le fait de nous présenter les caméras comme étant des outils utiles en faveur de la sécurité des enfants mais de les utiliser pour surveiller et punir ces enfants.
Si Monsieur le Bourgmestre estime que le visionnage des images permet d’appliquer une sanction nuancée en leur faveur, j’y vois surtout une occasion de surveiller certains enfants sans veiller à entendre leur parole face à celle des adultes.
Il est évident que nous sommes tous soucieux d’offrir sécurité et protection à nos enfants mais est-ce que cela doit se faire au prix de leur liberté ?
Si vous pensez que les enfants passent beaucoup trop de temps sur leur téléphone et qu’à votre époque vous profitiez de la vraie vie en allant jouer dehors, peut-être que vous remarquerez que le téléphone est l’un des rares espaces où les enfants peuvent encore échapper à la surveillance des adultes. Si vous êtes perdu et que vous comprenez R à ce que disent les jeunes et que vous lisez 6-7 sans prononcer siiiiiiiix seveeeeen en faisant un mouvement de balancier avec vos mains, vous êtes probablement largués quand ils utilisent les expressions « delulu », « miskine » ou « cringe ». C’est normal, c’est le gap générationnel qui se creuse. Avant de prendre le raccourci confortable des vieux grincheux qui pestent sur les plus jeunes, est-ce qu’on pourrait de temps en temps essayer d’écouter ce que les enfants ont à nous dire?
Le mot « cringe » par exemple nous éclaire sur l’angoisse des plus jeunes d’être filmés à leur insu et d’être postés sur les réseaux sociaux. Si on avait vécu sous le regard des caméras depuis notre plus jeune âge, est-ce qu’on aurait dansé, chanté, joué, bref est-ce qu’on aurait vécu avec la même spontanéité ? Qu’est ce que notre « sentiment d’insécurité » laisse aux plus jeunes ?
Avant que quelqu’un ici ne soit tenté d’instrumentaliser l’affaire Dutroux pour essayer de faire croire à qui voudrait l’entendre que je suis contre des outils qui pourraient protéger nos enfants, permettez moi de vous présenter la CIDE (Convention Internationale Relative aux Droits de l’Enfant), elle est disponible dans une version « kids friendly » en cliquant sur le lien suivant:
Pour le texte officiel de la Convention, c’est ici :
https://www.defenseurdesenfants.be/sites/default/files/inline-files/cide-1.pdf
Dans ce texte on y retrouve notamment l’Article 8 qui inique que les enfants ont le droit d’être protégés. On y retrouve également l’Article 31 qui dit que les enfants ont le droit d’avoir des loisirs, de se reposer et de jouer. S’y trouve aussi, l’Article 12 qui fait mention de leur droit de donner leur avis sur des choses qui les concernent.
Le texte de la CIDE est un outil formidable qui nous offre des règles claires pour travailler individuellement et collectivement en faveur du respect et de la protection des droits des enfants. Pourtant, dans notre pays, je constate que les droits des enfants sont trop souvent piétinés et même menacés. On enferme des enfants dans des centres fermés, on gaze ceux qui sortent dans la rue pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage, on tourne en ridicule ceux qui s’inquiètent pour leur avenir et on retire la nourriture de leur bouche pour faire des économies.
À Bertrix, les initiatives en faveur des enfants sont nombreuses et nous avons de quoi nous en réjouir. Pourtant, individuellement et collectivement, il nous reste beaucoup de chemin à faire pour repenser notre rapport aux enfants et éviter de tomber dans des postures empreintes d’adultisme.
Personne n’exige la perfection mais il y a tout de même des efforts à faire. A titre d’exemple, lors de notre rencontre Monsieur le Bourgmestre a semblé vouloir me faire comprendre que mes enfants n’en n’avaient rien à faire de mes histoires de caméras. J’ai trouvé ça audacieux de sa part de parler à la place de mes enfants sans qu’il n’ait jamais pris le temps de discuter de ce point avec eux. Face à ses mots, je lui ai demandé si ses propos présupposent que mes enfants, parce qu’ils sont mineurs, n’ont pas d’opinion ou de légitimité à s’interroger sur les décisions de notre commune. Peut-être qu’il ne sait pas que chacun des posts que je rédige ici est relu avec mes enfants et que je sollicite systématiquement leur avis avant de rendre mes écrits publics.
En ce qui concerne les décisions prises par tous les maîtres de la terre, je peux vous affirmer que chaque enfant que je rencontre est capable d’exprimer un avis ou une sensibilité bien à lui. En tant qu’adultes, nous aimons croire que nous vivons en démocratie, et que nous sommes compétents pour prendre des décisions pour le bien de nos enfants sans jamais leur donner la possibilité d’avoir un quelconque pouvoir décisionnel sur leur avenir. Pensez-vous que les enfants partagent le même sentiment que nous? Vouloir protéger les enfants, c’est bien. Les considérer comme des sujets dignes de droits, c’est mieux.
Trop petits pour comprendre ou pas assez matures, il est facile de trouver des excuses confortables pour ne pas écouter l’avis des jeunes. Pourtant, en matière d’éthique, je trouve qu’il n’y a rien de plus exigeant que de soumettre ses actions, sa parole et ses comportements aux regards des enfants.
« Vous dites : c’est fatiguant de fréquenter les enfants. Vous avez raison. Vous ajoutez : parce qu’il faut se baisser, s’incliner, se courber, se faire tout petit. Là, vous avez tort, ce n’est pas cela qui fatigue le plus, c’est le fait d’être obligé de s’élever, de se mettre sur la pointe des pieds jusqu’à la hauteur de leurs sentiments, pour ne pas les blesser. »
Janusz Korczak
Pour les enfants que nous avons été
C’est fou de penser qu’aujourd’hui, nous avons choisi démocratiquement pour nos enfants de les faire grandir dans un décor construit par des adultes et pour des adultes. On a réussi l’exploit d’hypothéquer leur avenir, de créer des espaces « no kids » et de leur faire croire que toutes les décisions qu’on prend, c’est pour leur bien. Notre capacité à gérer notre dissonance cognitive m’épate !
Au fait, saviez-vous que le mot « enfant » trouve son origine dans le mot latin infans et signifie « celui qui ne parle pas »?
Ça me désole de penser que nous sommes en train de faire de nos enfants nos propres Truman. Si vous aussi vous avez vu The Truman Show, je suis presque certaine que vous avez espéré de tout votre cœur que Truman fasse le choix de la liberté plutôt que celui de la sécurité illusoire d’un monde contrôlé par Christof. Ce qui était problématique avec Christof c’était qu’il pensait savoir mieux que Truman ce qui était bon pour lui.
Au cas où on ne se reverrait pas d’ici là, je vous souhaite une bonne soirée et une excellente nuit !
Pour aller plus loin:
En podcast :
Qui c’est qui commande ? :
https://www.youtube.com/watch?v=neepINQ00rc
https://www.youtube.com/watch?v=LXntvti-fF8
Les adultes de demain :
https://www.lesadultesdedemain.com/interviews/infantisme-eduquer-sans-dominer
A lire :
https://leligueur.be/article/infan-quoi
Des services :
https://www.defenseurdesenfants.be/
https://www.sdj.be/presentation/arlon/
Une chanson :
https://www.youtube.com/watch?v=PGBwfkqNiYQ&list=RDPGBwfkqNiYQ&start_radio=1
Un film :

Bonjour, ce fut long à lire et j’avoue que je n’ai guère lut votre belle prose auparavant. Celle-ci m’a ouvert les yeux sur votre persévérance à combattre nos droits et ceux des enfants de notre entité. Je vous remercie de votre persévérance et vous encourage de continuer dans cette voie. Je tiens à signaler que vous avez tout mon soutien et mon temps pour vous être utile 💜
Bonsoir !
Encore une fois, je vous lis avec « plaisir ». Je salue votre bienveillance et votre écoute alors que beaucoup aurait perdu leur sang froid.
Etre écouté, faire attention à l’autre , entendre ses arguments , revoir sa position et reconnaître qu’on s’est peut être trompé n’est pas donné à tout le monde.
Je salue votre persévérance et la solidité de votre argumentation.
Sylviane