Citoyens du pays d’Oz, le vent a tourné depuis que la méchante sorcière de l’Ouest a fait un appel public à la prudence concernant le recours à des outils de surveillance de masse sur notre territoire communal.

Mettez vos enfants à l’abri et méfiez-vous des autres.

La sorcière sera isolée.

En attendant, le pays d’OZ de demain continue sa route. L’achat de nouvelles caméras sera abordé lors du prochain conseil communal.

Dans cette version paraphrasée de l’intro du film « Wicked For Good », je vous informe qu’après avoir galéré à obtenir les informations relatives aux dispositifs de surveillance de masse déployés à Bertrix, l’achat de nouvelles caméras fera l’objet du prochain conseil communal.

Si je reviens vers vous avec pour thème un film de sorcières qui défie la gravité grâce à son univers visuel et musical éblouissant, c’est parce que c’est bientôt Halloween et que j’adore la chanson Defying Gravity qu’on retrouve dans le premier film Wicked.

En ces temps incertains où l’intolérance, la violence et la haine gagnent du terrain, rien de tel qu’une comédie flamboyante pour nous apporter un peu de réconfort et nous aider à penser/panser le monde.

Wicked, ça parle de quoi ?

Derrière les paillettes, les froufrous et les chansonnettes, Wicked aborde des thèmes politique forts qui ne sont pas sans lien avec la réalité actuelle.

A première vue, il fait bon vivre au Pays d’Oz, les citoyens sont souriants et ils ont une confiance aveugle dans le magicien et ses pouvoirs pour les protéger de tous les dangers. Pourtant, au fil de l’histoire, le personnage d’Elphaba découvre l’envers du décor. Les animaux qui étaient jadis dotés de la parole sont contraints à la servitude, perdent leurs mots, sont empêchés d’enseigner et sont enfermés dans des cages. Le magicien impose un état de surveillance totale.

Le magicien le dit lui-même : « La meilleure façon de rassembler les gens, c’est de leur offrir le parfait ennemi ». En désignant un bouc émissaire, tantôt les animaux, tantôt la méchante sorcière de l’Ouest, le magicien détourne l’attention de ses citoyens pour éviter d’avoir à répondre de sa terrible imposture : il ne possède aucun pouvoir magique.

A l’heure où les idées d’extrême-droite se répandent comme une traînée de poudre, il n’est pas inintéressant de revoir quelques récits qui abordent les oppressions structurelles et systémiques des pouvoirs en place.

Les gens naissent-t-ils méchants où la méchanceté leur est-elle imposée ?

Le film pose la question suivante : « Les gens naissent-ils méchants où la méchanceté leur est-elle imposée ? » Pour y répondre, le film choisit la nuance. Au premier plan de cette histoire, on peut voir deux personnages, Elphaba Thropp et G(a)linda. L’une est verte et discriminée en raison de sa couleur de peau. L’autre correspond à toutes les normes de beauté et de popularité. Face aux pouvoirs oppressifs qu’elle découvre, Elphaba décide de prendre ses responsabilités et de lutter contre eux. Le magicien la désigne comme étant la Méchante Sorcière de l’Ouest. Glinda, quant à elle, est valorisée pour son sourire et sa docilité. Elle bénéficie d’une ascension rapide qui lui permet d’être décrite comme étant « Glinda la Bonne ». Bref, tout semble opposer ces deux personnages. Pourtant, face à des logiques de pouvoir qui les assujettissent et qui pourraient en faire de parfaites ennemies, Elphaba et Glinda choisissent le dialogue et la sororité. En plus de déconstruire les normes intériorisées contraignantes, elles retrouvent un pouvoir d’agir sur leur existence. Leur sororité leur fait gagner en autonomie, en liberté et en capacité d’agir, tant et si bien que cela développe leur magie.

Les désaccords sont nombreux, les méthodes diffèrent, les déceptions sont réelles mais elles choisissent encore et toujours le dialogue et la sororité. Ce film est lumineux car leur pouvoir s’acquiert non pas par la force, la contrainte et la soumission mais bien par le dialogue, la considération et l’Amour. Cela exige un minimum d’honnêteté et ce n’est clairement pas flatteur pour l’égo mais c’est nécessaire si on veut éviter de tomber dans le raccourci « les gentils vs les méchants ».

Comme tous les citoyens privilégiés de la cité d’Émeraude, je trouve qu’il fait bon vivre à Bertrix. Nous ne vivons pas sous la dictature d’un magicien. Cependant pour avoir mis le nez dans les coulisses, je peux vous affirmer que tout n’est pas rose.

Depuis ma mobilisation citoyenne, on m’a adressé des critiques sur la forme de mes actions citoyennes en évitant d’aborder le fond.

L’idée d’être perçue dans les yeux de mes concitoyens comme étant une sorte de méchante sorcière de l’Ouest n’était franchement pas réjouissante. Le fait que cela ait des conséquences sur mes proches encore moins.

Face à ce récit, j’ai pleuré comme un bébé et j’ai été rechercher toutes les ressources internes et externes que j’avais sous la main pour tenter de continuer à travailler aux services des droits et des libertés, tout en évitant de céder à la tentation de désigner à mon tour une méchante sorcière de l’Ouest.

A chaque prise de parole, j’ai pris le temps de me raviser, de tourner ma langue sept fois dans ma bouche et de me méfier de ma propre bêtise.

C’est avec des bobos plein le cœur et des larmes au coin des yeux que je vous annonce que le 18 septembre dernier, l’Administration Communale de Bertrix m’a fait parvenir des documents supplémentaires à savoir :

– Une copie d’une déclaration d’un traitement automatisé des données à caractère personnel datant de 2015 réalisée par la Zone de police Semois et Lesse.

– Une déclaration « vidéosurveillance dans un lieu ouvert » datant également de 2015 réalisée aussi par la ZP.

– Une analyse d’impact pour les caméras urbaines de Bertrix, Bouillon et Saint-Hubert datant du 4 Septembre 2026 réalisée également par la ZP.

Je remercie l’Administration Communale de m’avoir communiqué les documents demandés. Suite à cet envoi, j’ai fait savoir à la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs) que ma demande de documents initiée en janvier dernier a abouti. Mon dossier de recours est dès lors clôturé à ce niveau.

Si je peux vous confirmer que tous les documents demandés ont bien été reçus, je ne peux pas encore vous confirmer que toutes mes interrogations ont trouvé réponse.

Lors du conseil communal de demain, il sera question de l’achat de caméras supplémentaires pour notre Commune. J’espère sincèrement que le Collège qui est à l’initiative de ce point sera plus transparent à l’égard de tous ses citoyens quant aux technologies employées.

Hier, j’ai assisté à une conférence qui aborde le projet de loi des visites domiciliaires. Je ne vous cache pas mon inquiétude quant à l’impact qu’une telle loi peut avoir sur l’avenir de notre société dans un contexte où l’aspect sécuritaire prend des proportions de plus en plus préoccupantes en regard de la liberté des citoyens y compris au sein de notre Commune.

Je remercie au passage le Ciep Lux, le CNCD-11.11.11 Luxembourg belge, le Miroir Vagabond, le Crilux, Amnesty International Belgique francophone et Coluxam pour l’organisation de cette soirée.

L’entretien de TV Lux avec les deux intervenants de cette soirée est à retrouver ci-après :

https://www.tvlux.be/actu/info/les-visites-domiciliaires-un-danger-pour-la-democratie_52943

Vous l’aurez compris, mon inquiétude s’inscrit dans une dynamique qui dépasse de loin les simples préoccupations d’une égocentrique.

Comment notre commune peut-elle nous garantir que notre police de proximité ainsi que tous ces dispositifs sécuritaires ne seront pas un jour prochain utilisées contre les citoyens qui, à l’heure actuelle, n’ont rien à se reprocher ?

Quand ils sont venus arrêter un juif, je me suis dit :

« Un juif de plus ou de moins, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. »

Quand ils sont venus arrêter un catholique, je me suis dit :

« Un catholique de plus ou de moins, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. »

Quand ils sont venus arrêter un communiste, je me suis dit :

« Un communiste de plus ou de moins, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. »

Quand ils sont venus m’arrêter… il n’y avait plus personne pour s’inquiéter.

D’après Bertolt Brecht inspiré par Martin Niemöller

Pour aller plus loin concernant les visites domiciliaires :

https://territoires-memoire.be/actualites/non-aux-visites-domiciliaires/

https://www.cire.be/ce-que-contient-vraiment-le-projet-de-loi-visites-domiciliaires/

https://www.cncd.be/-stop-visites-domiciliaires-

https://www.moc.be/blog/2026/06/11/le-moc-et-ses-organisations-denoncent-les-visites-domiciliaires

https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/visites-domiciliaires-avis-amnesty-international

https://no-ice-in-belgium.net/#rassemblements

Podcast :

Film:

Wicked: https://www.youtube.com/watch?v=x6A83rXWrE8

Wicked II: https://www.youtube.com/watch?v=kEXOAsdIRPg

Chansons: