L’Agitée du Bocal

Chers lecteurs,

Dimanche dernier, c’était un jour de fête pour notre famille car nous avons célébré les dix ans de mon fils.

Alors que j’allais chercher le dessert choisi par la star du jour, mon regard a été happé par une scène qui ne m’a pas laissée indifférente : j’ai vu des mains d’enfants tenir des armes de guerre.

Face à cette vision, je n’avais plus le cœur à la fête. L’événement qui se déroulait sur la Grand-place de Bertrix dans une ambiance familiale et patriotique me faisait l’effet d’un rappel brutal de la violence du monde et de l’actualité de plus en plus menaçante.

En tant que mère et overthinkeuse professionnelle, une rafale de questions m’ont submergées :

Face à des conditions d’apprentissage de plus en plus exigeantes, serais-je toujours capable d’accompagner mes enfants dans leur parcours scolaire afin de leur offrir un maximum de chances pour leur future vie professionnelle ?

Pourrais-je toujours leur offrir le cocon stable nécessaire à leur épanouissement et à leur bonheur ?

Quel avenir se dessine vraiment pour nos enfants ?

A l’heure où les opportunités d’emploi stables se raréfient, l’armée apparaît soudainement comme une voie de recours, voire de promesse d’avenir pour nos régions. A ce titre, le plan Quartier pour la Défense a suscité un grand enthousiasme de la part des pouvoirs publics locaux. Aussi, en Belgique, le service militaire fait son grand retour. Si celui-ci se fait actuellement sur base volontaire, l’envoi systématique d’un courrier à tous les enfants dès leurs 17 ans couplé à des investissements importants annoncés pour la Défense semblent ancrer de plus en plus le destin de nos enfants dans la voie militaire.

Chez nos voisins allemands, la tension est telle que tous les hommes de 17 à 45 ans sont désormais tenus d’obtenir une autorisation de l’armée pour pouvoir quitter le territoire pour toute durée de plus de 3 mois.

17 ans ! Ça veut dire que dans moins de 7 ans, mon premier bébé sera mobilisable. Il pourrait tenir une arme, devoir tuer ou se faire tuer. Ce petit garçon que j’ai pris tant de temps à chérir, porter, soigner, accompagner et cajoler pourrait en un instant être fauché par la bêtise de la guerre.

Cette idée me révolte autant qu’elle me terrifie !

Nous semblons collectivement accepter que la violence redevienne une norme acceptable, que la caserne et l’uniforme soient une perspective d’emploi réjouissante.

En regardant mon fils fermer les yeux pour faire un vœu en soufflant les bougies de ses 10 ans, j’ai moi aussi fermé les yeux pour lui souhaiter de ne jamais avoir à connaître la guerre.